Le cheval Arabe : sur les traces du Fils du vent

Le cheval Arabe : sur les traces du Fils du vent
Il y a des chevaux que l'on reconnaît au premier regard. Le Cheval Arabe est de ceux-là. Surnommé le « Fils du vent » ou « buveur de vent », entouré depuis des siècles d'un imaginaire tissé de sable, de nuits étoilées et de tribus nomades, il compte parmi les races les plus anciennes et les plus influentes au monde. Berceau de la race, la péninsule Arabique et le Moyen-Orient l'ont façonné bien avant qu'il ne conquière le reste de la planète. Si vous rêvez un jour de galoper dans les grands espaces de ces régions, il y a fort à parier que c'est un descendant de ces chevaux du désert qui vous portera.
 
D'où lui vient ce surnom ? De deux sources, dit-on. La plus terre à terre observe que l'Arabe porte volontiers le nez au vent, naseaux grands ouverts, comme s'il buvait l'air en avançant. La plus poétique vient d'une légende, reprise dès le Moyen Âge dans les traités d'hippologie orientaux : Dieu aurait créé le cheval à partir d'une poignée de vent, lui promettant de faire de sa substance « la gloire de ses élus ». De cette croyance bédouine est né tout le mystère qui entoure encore la race.
 
Mais derrière la carte postale, le cheval Arabe est bien plus riche et plus divers qu'on ne l'imagine. Petit tour d'horizon de ses origines, de son modèle, de ses lignées et de tout ce qui fait de lui un compagnon de voyage d'exception.

Un physique de légende… mais pas un cliché

Un physique de légende… mais pas un cliché
On résume souvent l'Arabe à une petite tête au profil concave et à de grands yeux expressifs. C'est réducteur. La race séduit d'abord par un ensemble : la finesse de ses tissus, une encolure longue et gracieuse, un port de queue haut et fier, des allures légères et aériennes qui donnent l'impression qu'il flotte au-dessus du sol.
 
Côté gabarit, comptez en général de 1,48 m à 1,60 m : un cheval compact et sec, à la poitrine large, à l'épaule oblique et au rein court, taillé pour l'effort et l'endurance. Quelques détails signent la race : la jibbah, ce léger bombé du front entre les yeux qui, chez les Bédouins, augmentait la capacité des sinus, un atout précieux sous la chaleur du désert ; la mitbah, cette attache de tête raffinée qui confère à l’encolure arquée toute sa souplesse ; le port de queue naturellement haut ; ainsi qu’une ossature dense qui lui donne la solidité d’un grand cheval malgré sa finesse.
 
On lit souvent que l'Arabe aurait « une vertèbre en moins ». La réalité est plus nuancée : certains Arabes, pas tous, présentent 5 vertèbres lombaires au lieu de 6, 17 paires de côtes au lieu de 18, et une queue portée par moins de vertèbres caudales. Ce squelette un peu plus court contribue à son dos solide et à ce port de queue si caractéristique, mais il ne s'agit pas d'une règle absolue de la race.
 
Attention, enfin, à l'idée reçue du « type unique ». Selon les régions du monde et les objectifs des éleveurs, le modèle a évolué, passant d'un cheval très typé et raffiné, façonné pour les concours de beauté, à un cheval plus rustique et athlétique, sélectionné pour avaler les kilomètres.
 
 
Côté robe, il est le plus souvent gris (il s'éclaircit en vieillissant), bai ou alezan, plus rarement noir. Mais c'est peut-être son caractère qui séduit le plus le voyageur : vif, courageux et endurant, l'Arabe est aussi sensible, intelligent et profondément attaché à son cavalier. Un héritage direct de la vie sous la tente bédouine, où il partageait le quotidien de la famille. Ce tempérament réactif demande une main juste et douce ; en échange, il offre une complicité rare, précieuse sur les longs raids.

Aux racines de nombreuses races

Si l'Arabe fascine autant, c'est aussi parce qu'on le retrouve à la source d'innombrables chevaux modernes. Le plus célèbre de ses descendants est le Pur-sang anglais, le cheval de course par excellence, dont deux des trois étalons fondateurs étaient des Arabes ou chevaux orientaux : le Darley Arabian et le Godolphin Arabian. Sa vitesse, son endurance, son élégance et son ossature dense ont ainsi irrigué l'élevage mondial, une raison de plus de le considérer comme un cheval à part.

Un cheval fait pour l'aventure

Présent aujourd'hui sur tous les continents, l'Arabe brille dans des disciplines très différentes : les courses de galop, les concours de modèle et allures (les fameux « shows », où l'on juge la beauté et le mouvement), et surtout l'endurance, sa discipline de prédilection.
 
Mais ne le rangez pas trop vite dans une case. L'Arabe est aussi un formidable cheval de famille : proche de l'homme, intelligent et fiable, il rassure les enfants comme les cavaliers de loisir, et se défend très bien en concours poney et amateur. On le retrouve à l'aise en équitation western, où l'on apprécie sa maniabilité et sa vivacité, et il a même signé de belles pages dans les disciplines olympiques : dressage, saut d'obstacles, concours complet. Un exemple qui en dit long : le pur-sang arabe Panama du Cassou a été le fidèle partenaire de Simon Delestre dans les compétitions de saut d'obstacles. Ensemble, ils ont notamment remporté à deux reprises le championnat de France Grand Prix Élite, démontrant qu'un Arabe peut aussi briller au plus haut niveau de la discipline. Polyvalent et généreux, en somme : le compagnon idéal, que l'on parte en balade dominicale ou à l'autre bout du monde.
 
Et c'est là que le voyageur à cheval tend l'oreille. Avec son métabolisme taillé pour l'effort prolongé, sa résistance à la chaleur et son mental généreux, le Cheval Arabe est un randonneur d'exception. Peu de races encaissent comme lui les longues journées de selle, la soif et les terrains ingrats ; de quoi en faire la monture rêvée pour partir loin.
 
Et c'est sur ses terres d'origine, dans les déserts du Moyen-Orient, qu'on le retrouve dans son plus bel élément. En Jordanie, on chevauche du Grand Désert jusqu'aux merveilles du Royaume rouge et or (toutes nos randonnées en Jordanie). À Oman, on file entre les dunes du Wahiba et les wadis omanais. En Égypte, on galope sur des chevaux arabes des pyramides de Gizeh à la mer Rouge, en passant par la Vallée des Rois. Et en Israël, on traverse le pays du nord au sud lors du Tour d'Israël Là, on comprend d'un coup pourquoi les Bédouins en avaient fait un membre à part entière de la tribu.
 
Une précision utile pour le voyageur, car la confusion est fréquente : au Maghreb (Maroc, Tunisie, Algérie…), le cheval emblématique n'est pas le Pur-sang Arabe mais le Barbe, une race nord-africaine à part entière, et surtout l'Arabe-barbe, issu du croisement entre les deux. C'est lui, et non le Pur-sang Arabe, qui porte les cavaliers des fantasias et des randonnées marocaines. Deux mondes équestres voisins et complémentaires, qu'il vaut mieux ne pas confondre.

Pur-sang Arabe ou cheval Arabe ?

Vous entendrez les deux, et c'est bien normal. En France, l'appellation officielle de la race est Cheval Arabe : c'est sous ce nom qu'il est enregistré au stud-book. Mais l'expression « Pur-sang Arabe » reste profondément ancrée dans le langage des éleveurs et des cavaliers, et elle correspond à l'anglais Purebred Arabian. Un détail à connaître : employé seul, le mot « Pur-sang » désigne en réalité une autre race, le Pur-sang anglais (le cheval de course par excellence). Pour l'Arabe, on précise donc toujours « Pur-sang Arabe ».
 
Reste un principe essentiel, souvent mal compris : appartenir à la race, c'est une affaire de pedigree, pas d'apparence. Un cheval au joli profil concave n'est pas un Arabe pour autant ; à l'inverse, un authentique Cheval Arabe peut afficher un chanfrein presque droit. C'est l'inscription à un stud-book reconnu, et donc la généalogie, qui fait la race, pas la seule beauté de la tête.

Lignées et souches : deux histoires en une

Quand on parle des « lignées » de l'Arabe, on mélange souvent deux récits. Il vaut la peine de les distinguer.

Al Khamsa, la légende des cinq juments

Chez les Bédouins, la noblesse d'un cheval se lisait d'abord dans sa mère. Les grandes familles (les souches, ou strains) ne se transmettaient que par la lignée maternelle : peu importait le père, c'est la jument qui donnait à un poulain son appartenance et son rang.
 
Une légende raconte l'origine de ces souches. On la trouve sous plusieurs versions, mais la plus célèbre veut que le Prophète, voulant éprouver ses chevaux, les ait privés d'eau plusieurs jours durant. Libérée enfin, la horde se rua vers l'oasis ; mais au son de la trompette d'appel au combat, cinq juments seulement firent demi-tour, préférant la fidélité à leur soif. Bénies pour leur loyauté, elles devinrent Al Khamsa, « les Cinq », les mères de toutes les grandes lignées. Belle histoire plus que fait historique, elle dit surtout ce que les tribus attendaient de leurs chevaux : courage, endurance et attachement à l'homme.
 
De ces cinq souches sont nés les grands noms que l'on croise encore dans les pedigrees :
 
  • Kehilan (Koheilan) : la plus « masculine » : poitrine profonde, ossature puissante, du fond et de la substance.
  • Seglawi (Saklawi) : la plus « féminine » : finesse, élégance, une tête ciselée et de la vitesse, au prix d'un peu moins de puissance.
  • Abeyan : proche du Seglawi, raffiné, souvent de petite taille et fréquemment gris.
  • Hamdani : parmi les plus grandes souches, athlétique, au profil souvent droit plutôt que concave.
  • Hadban : version plus compacte et douce du Hamdani, réputé pour son tempérament facile.
D'autres souches, jugées moins « nobles » par les Bédouins, complétaient ce tableau (Maneghi, Jilfan, Dahman…), et chacune se ramifiait en sous-souches nommées d'après une jument ou un cheikh illustre. Derrière ces noms courent des récits de razzias, de courses folles et de juments si précieuses qu'aucune fortune ne pouvait les acheter. C'est toute une culture du sang pur (l'asil) qui se transmet là, autant qu'une généalogie. Aujourd'hui encore, quelques associations spécialisées veillent sur les chevaux dont toutes les origines remontent à ces souches désertiques.

Le tour du monde d'un cheval

Puis l'Arabe a conquis la planète, et de grands élevages ont façonné leurs propres « familles ». Ce ne sont pas des sous-races, et aucune n'est « supérieure » aux autres : partout, c'est le même Arabe, décliné selon les pays et les haras qui l'ont préservé.
 
  • La lignée anglaise (Crabbet) : Fondée par Lady Anne et Wilfred Blunt, grands voyageurs qui rapportèrent d'Orient les chevaux de leur haras de Crabbet Park. Son influence a marqué l'élevage mondial tout au long du XXᵉ siècle.
  • La lignée Sheykh Obeyd : Du nom du haras égyptien des Blunt, près du Caire : un trait d'union entre l'Égypte et l'Angleterre, encore recherché des éleveurs.
  • La lignée égyptienne : Les « Straight Egyptian », dont toutes les lignes remontent à un pool restreint de reproducteurs réunis en Égypte. Une histoire qui commence au XIXᵉ siècle avec les collections d'Abbas Pacha puis d'Ali Pacha Sherif, poursuivie par l'État égyptien au haras d'El Zahraa (près du Caire) autour d'étalons de référence comme Nazeer. Très typée, elle est célébrée chaque année lors de l'Egyptian Event.
  • La lignée française : Présente dès Napoléon (qui envoya des étalons arabes dans les haras nationaux), elle a nourri les élevages polonais, espagnol et russe, et reste une référence mondiale pour la course et l'endurance. C'est aussi en France, à Pompadour, qu'est né l'anglo-arabe.
  • La lignée polonaise : Issue des haras d'État, réputée en courses comme en shows, avec une tradition plusieurs fois centenaire.
  • La lignée russe : Née dans les haras d'État en mêlant apports anglais, polonais, égyptiens et français, brillante notamment en course.
  • La lignée espagnole : Bâtie sur des fonds désertiques et anglais, associée aux grands élevages ibériques.
  • Les lignées américaines : Nommées d'après les fermes qui les ont fixées (Davenport, Babson, CMK), elles marient les apports importés d'Angleterre, d'Égypte, de Pologne et de Russie.
Aujourd'hui, les éleveurs marient volontiers ces lignées : un peu de sang égyptien pour le type, du polonais, russe ou français pour l'ossature et le sport. Mais quelle que soit sa « nationalité », un cheval reste Arabe dès lors qu'il est inscrit à un stud-book reconnu.

Le rencontrer, tout simplement

On peut lire mille pages sur le Fils du vent : rien ne remplace le moment où l'on pose la main sur son encolure, où l'on sent sous la selle cette énergie inépuisable et cette envie d'avancer. Endurant, courageux, attaché à son cavalier, le Cheval Arabe se révèle vraiment sur les longues distances, là où le voyage devient aventure. De quoi donner envie de boucler ses fontes et de partir à sa rencontre, sur ses terres d'origine.

Pour en savoir plus, consultez cette sélection approfondie d'articles de l'ABC du cheval :

Sources

  • Association française du cheval arabe (ACA) — modèle, taille, disciplines et gestion du stud-book : acafrance.org
  • Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) — règlement du stud-book français du Cheval Arabe et appellation officielle : ifce.fr
  • World Arabian Horse Organization (WAHO) — définition internationale du pur-sang arabe : waho.org
  • Arabian Horse Association — souches Al Khamsa et lignées (Crabbet, égyptienne, polonaise, russe, espagnole, américaines) : arabianhorses.org
  • Wikipedia, Sheykh Obeyd (haras des Blunt près du Caire) ; élevage arabe français et haras de Pompadour : en.wikipedia.org/wiki/Sheykh_Obeyd ; fr.wikipedia.org/wiki/Haras_national_de_Pompadour
  • Wikipedia, Arabian horse — particularités anatomiques (jibbah, mitbah, port de queue, vertèbres et côtes chez certains sujets) : en.wikipedia.org/wiki/Arabian_horse
  • Sur le surnom « Fils du vent » et la légende de la création du cheval : ponyscope.com ; sur la légende d'Al Khamsa : arabianessence.tv
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