Voyage à cheval et Randonnée équestre

Les Transhumances

Si certains animaux aux prédispositions génétiques adéquates ont la malice d’hiberner, d’autres n’ont guère le choix que de répondre à leur instinct de survie par un déplacement temporaire vers des endroits au climat plus doux. En milieu naturel, c’est ce qu’on appelle « migrer », et lorsque cela intervient en agriculture, notamment dans l’élevage, on qualifie ce phénomène de « transhumance ». Autrement dit, c’est un moyen d’adapter son mode de vie à son environnement et à ses besoins. Et pour cause, les transhumances peuvent prendre des tournures bien différentes selon l’environnement climatique et d’autres facteurs. Aujourd’hui, il est clair que l’homme a largement transformé son environnement pour répondre à ses besoins et se faciliter la vie, mais ce n’est pas lui qui est à l’initiative de cette forme d’élevage.

Pourquoi transhumer ?

Observons les différents phénomènes migratoires des animaux sauvages : si les hirondelles, flamants roses, cigognes, oies sauvages et autres bêtes à plumes n’ont aucunement besoin de guide ou de protection lors de leur déplacement, c’est sous le comble de l’attention de leurs prédateurs que se déplacent gnous, zèbres et girafes en Afrique, à la recherche des régions humides. C’est donc en latitude que ces animaux se déplacent. Par exemple la migration des gnous au Kenya et en Tanzanie est, elle, perpétuelle. Ce sont des milliers de gnous et de zèbres qui se déplacent toute l’année dans les vastes plaines du parc du Serengeti, en recherche de verdure après la saison des pluies.

Différentes méthodes de transhumance

Dans l’élevage, on distingue plusieurs types de transhumance, pouvant autant s’appliquer à des vaches, des brebis, des chevaux, des chèvres, des rennes, que des yaks. En France, en Suisse, en Italie par exemple, la forme la plus répandue prend un schéma vertical : les troupeaux passent l’hiver au chaud dans les plaines et l’été à la fraicheur montagneuse. Au nord du Pakistan, c’est également cette forme verticale qui s’applique. Dans le village de Shimshal, la particularité est que ce sont les femmes les bergères. Après avoir gravit 4500 mètres sur plusieurs jours de marche, elles tiennent un troupeau de 2500 chèvres et brebis et une centaine de yaks en état durant tout l’été. Elles s’occupent des traies, conçoivent fromage, beurre et crème pendant que les hommes gardent le village, entretiennent les cultures et préparent l’hiver. À l’arrivée du tumulte saisonnier, c’est accompagnés de quelques yaks de bâts restants que ces derniers vont chercher leurs femmes et leur troupeau aux estives, avant de retrouver leur village et de passer l’hiver paisiblement, sur leurs réserves.

En tant que cavaliers, n’avons-nous pas tous en tête l’image des mythiques cow-boys déplaçant des convoyages de 5000 têtes de bétail lors des transhumances de printemps et d’automne ?
Aujourd’hui, bien qu’il existe toujours des élevages à échelle industrielle, la plupart d’entre eux se sont réduits à une quarantaine de bêtes, obligeant alors les éleveurs à tout de même pratiquer la transhumance au printemps et à l’automne. Car au-delà des causes climatiques, le déplacement des animaux a également un intérêt écologique : se fiant à la richesse ou à la toxicité des sols et des plantes, les animaux façonnent le terrain. La végétation est renforcée, l’herbe pousse de manière plus dense mais moins haut, donc est moins fragile ; ils déplacent également graines et propagules dans leurs pelage, sabots et tubes digestifs, favorisant alors la propagation des plantes dont ils se nourrissent ou qui se mêlent dans leurs poils. Tout cela, sans intervention humaine, assure un équilibre de la biodiversité et des écosystèmes, mais quand le troupeau n’est pas libre d’aller et venir, cet impact écologique est moindre. Dès lors, pourquoi l’homme intervient-il ? Très simplement pour protéger son troupeau des routes et le guider jusqu’aux pâtures dont il dispose.

En Afrique de l’Ouest et Centrale, les agropasteurs sont confrontés à des climats d’une extrême sècheresse et ont des difficultés à accéder aux ressources naturelles suffisantes à l’entretien de leurs bétails. Dans ce cas de figure là, des organisations comme Acting for Life et ses partenaires, jouent un rôle majeur dans la sécurisation des pistes de transhumance, la mise en place de points d’eau, de nourriture et de soin pour le bétail. Ces projets d’appui favorisent alors la reconstruction des troupeaux familiaux et la commercialisation du bétail.

Faire l'expérience d'une transhumance

Aux Etats-Unis ...

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Si vous avez soif d’aventure et de sensations fortes, rien de tel qu’un convoyage de chevaux dans l’Idaho, où c’est une quarantaine de chevaux que vous déplacez avec des quarter-horses et des appaloosas. Ceux-ci sont forts, fiables et vivent toute l’année en liberté dans les pâtures, ils sont très dociles et connaissent le travail qu’on attend d’eux. Avec eux vous vous sentirez l’âme d’un cow-boy en pratiquant la monte western pour déplacer de jeunes chevaux en entraînement. Ces convoyages leur permettent de s’habituer à l’altitude, aux variations de terrain et à la vie en troupeau. Après quelques convoyages, ils sont prêts pour leur débourrage au ranch.

En Géorgie ...

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Si la Géorgie regorge de paysages magnifiques, la Touchétie en est restée une région difficilement accessible, dont certaines populations ont conservé un mode de vie semi-nomades ; ce sont les Touches. Avec un enneigement de plus de 7 mois par an, les troupeaux sont rassemblés au mois de mai pour s’attaquer à une longue ascension jusqu’aux pâtures d’été, appelées les estives. Lors des difficultés de terrains, la grâce ou la puissance que l’on connait habituellement aux chevaux est bien moindre que celle des moutons, plus petits, plus habiles, dont le centre de gravité reste proche du sol. En tant que fervents descendants du mythique dahu, ceux-ci avancent à petits pas rapprochés en s’enfonçant dans la poudreuse. À la décharge des équidés, n’oublions pas que ceux-ci sont bâtés de plus d’une centaine de kilos et c’est tant bien que mal qu’ils devront braver les pentes tortueuses et glissantes qui les attendent.
Découvrez la transhumance de chevaux en Géorgie.

Le cas particulier en Europe de l'est et en Asie

Au nord et à l’est de l’Europe ainsi qu’en Asie, certaines populations nomades ont été contraintes de se sédentariser, à cause du système politique, notamment collectiviste. Ce fut le cas de peuples éleveurs de rennes en Russie. Mais une partie d’entre eux a pu reprendre un mode de vie nomade, vers les années 90. Si une telle aventure vous attire, attendez-vous à une véritable expédition en quasi-autonomie. En effet, les familles nomades fixent yourtes et enclos pour préserver leurs forces et correctement se préparer à l’épopée qui les attend. Ils se déplaceront à plusieurs reprises jusqu’à l’automne, permettant d’accéder à des pâtures plus vastes, à la végétation plus fraîche, engraissant les bêtes plus facilement. Selon les ethnies, les familles élèvent différentes espèces.

Parmi une vingtaine de peuples nomades toujours en activité aujourd’hui en Mongolie, il y a les Tsaatans, peuple turc élevant des rennes près des lacs en forêts. Il n’en reste que très peu, 80 familles environ, vivant toujours dans la taïga. Les Tuwa, d’origine mongole, sont souvent désignés comme la tribu dans les nuages et les habitants de la forêt. Vivant de leur élevage et de chasse, le chamanisme est encore présent dans leurs pratiques et vénèrent notamment les forces de la nature. Les Kazakhs sont présents en majorité au Kazakhstan, mais également en régions limitrophes : Russie, Mongolie, Ouzbékistan, Kirghizistan, Chine.

To be continued ...

Les transhumances s’inscrivent non-seulement dans le patrimoine naturel et vivant des territoires, on y a attaché une réelle image folklorique, mais elles prennent aussi véritablement part au développement économique territorial. Répandue sur tous les continents et présente dans toute l’histoire, nous pouvons nous demander si la transhumance est une nouvelle appropriation de l’instinct animal, par l’Homme.

Camille Labrunie

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